Quand l’art devient parfum — Manuel Mathieu fait entrer la fragrance dans son œuvre
- Flora di Carlo
- 6 janv.
- 2 min de lecture

Avec le lancement de Manuel Mathieu Parfums, l’artiste haïtiano-canadien transforme le parfum en un nouveau médium d’expression. Connu pour son travail en peinture, sculpture et installation, Manuel Mathieu inaugure en 2025 sa première collection olfactive et affirme une intention forte : traduire l’émotion visuelle en sensation intime. Le parfum devient ici l’extension sensorielle de sa pratique artistique.
Le parfum comme espace de mémoire

Après avoir exploré la matière picturale, la lumière ou la texture, l’artiste choisit l’odorat pour interroger la mémoire et la profondeur émotionnelle. Il s’entoure de la parfumeuse Juliette Karagueuzoglou pour concevoir sa collection inaugurale Chapter 1, composée de trois fragrances unisexes : île noire, ECCCO et Dsire. Chaque parfum est pensé comme une œuvre autonome, capable d’évoquer un paysage intérieur.
Les flacons, réalisés dans son atelier de céramique à la manière de petites sculptures, évoquent une silhouette de montagne. Ils font écho à ses origines haïtiennes et à son attachement à la matière brute. Ici, le contenant participe au récit : chaque pièce semble façonnée à la main, proche de l’objet d’art plutôt que du produit de beauté.
Trois parfums comme trois récits
île noire évoque la mémoire et l’enfance, avec des notes florales, marines et une profondeur légèrement fumée, comme un souvenir qui émerge lentement. ECCCO, aux accents minéraux et terriens, s’inspire de paysages volcaniques et de l’idée de cicatrice — un parfum qui évoque la transformation après la rupture. Dsire se distingue par sa sensualité, autour de fleurs blanches et d’accords plus enveloppants, presque nostalgiques.
Ces trois compositions constituent, selon l’artiste, un “archipel olfactif” : des territoires à explorer plutôt que des parfums à porter, des fragments d’identités entre douceur, intensité et mémoire.
Une démarche radicalement artistique

Le projet se distingue par son refus des codes traditionnels de la parfumerie commerciale. Mathieu ne cherche ni à séduire ni à flatter, mais à créer des parfums comme on réalise une œuvre : en couches, en matières, en émotions. Sa pratique revendique l’expérimentation et la recherche intérieure, dans la continuité des thèmes récurrents de son travail : transmission, héritage, diaspora, résilience.
Il voit le parfum comme un geste sculptural, capable d’habiter le corps et la mémoire. Ce vocabulaire esthétique se retrouve dans sa technique : accumulations, textures, superpositions. Son univers oscille toujours entre fragilité et intensité, cette fois transposé dans l’invisible.
Un lancement remarqué
Présentée au printemps 2025, la collection attire immédiatement l’attention du monde de l’art comme de la parfumerie de niche. L’accueil souligne la cohérence du projet, à la fois sensible, engagé et conceptuel. Certains observateurs parlent même d’un nouveau mouvement : l’art olfactif incarné.
Avec ce lancement, Manuel Mathieu confirme un virage vers une approche transdisciplinaire, où chaque médium — peinture, sculpture, fragrance — devient une manière d’explorer la même question : comment l’intime s’inscrit-il dans la forme ?



